Jordi Pere Cerdà, poète de Cerdagne : lire Toute langue fait feu

Jordi Pere Cerdà, poète catalan né à Saillagouse en 1920 : sa vie, son recueil Toute langue fait feu, où le lire en français et comment lire sa Cerdagne.
Poésie et chanson5 min de lecture
Certains poètes se lisent mieux avec de la neige au loin et une petite gare de montagne à deux pas. Jordi Pere Cerdà est de ceux-là. Il a écrit presque toute sa vie en catalan, depuis la Cerdagne, ce haut plateau des Pyrénées-Orientales coupé en deux par la frontière. Son deuxième recueil porte un titre qui sonne comme une devise : Tota llengua fa foc, « Toute langue fait feu ».
Voici qui il était, ce que l'on sait de ce livre, où trouver ses poèmes aujourd'hui, et comment prolonger la lecture sur place, entre Saillagouse et la ligne du train jaune.
Qui était Jordi Pere Cerdà ?
Jordi Pere Cerdà, c'est un nom de plume. L'homme s'appelait Antoine Cayrol. Il naît le 4 novembre 1920 à Saillagouse, en Cerdagne, et meurt le 11 septembre 2011 à Perpignan, à 90 ans.
Son père, éleveur et marchand de bestiaux, ouvre une boucherie au village. Le fils y travaille derrière le comptoir dès 14 ans. Pendant la guerre, il entre dans la Résistance : il fait passer la frontière à des réfugiés, avec le groupe de maquisards de Llo. Il adhère au Parti communiste français et devient maire de Saillagouse en 1952 et 1953.
Il s'installe ensuite à Perpignan. Il y tient une librairie catalane, que la Grande Encyclopédie catalane situe de 1960 à 1976. Il participe à la création du Groupe roussillonnais d'études catalanes, qu'il présidera, et à celle de l'Université catalane d'été. En 1995, il reçoit le Premi d'Honor de les Lletres Catalanes. Il est le premier écrivain du Roussillon à l'obtenir.
Que raconte Toute langue fait feu ?
Tota llengua fa foc paraît à Toulouse au milieu des années 1950. Wikipédia le date de 1954, la Grande Encyclopédie catalane de 1955. C'est le deuxième recueil de Cerdà, après La guatlla i la garba en 1950.
L'encyclopédie catalane y voit l'influence du réalisme social et la marque de son engagement communiste. Sa poésie, de façon générale, garde un ton à la fois élégiaque et champêtre, lié à ses origines montagnardes. Elle parle de la Cerdagne natale, de l'amour, du travail des hommes, et de son propre chemin de résistant antifasciste.
Le titre se lit comme une prise de position. Écrire en catalan dans le Roussillon des années 1950, c'est écrire dans une langue que l'école ignore. Dire que toute langue fait feu, c'est dire que celle-là aussi brûle, éclaire et réchauffe. Nous vous laissons juger sur pièce : le recueil a été repris dans son Obra poètica en 1966.
À retenir
Le titre original est catalan : Tota llengua fa foc. La traduction « Toute langue fait feu » sert de titre français dans les notices, mais le recueil n'a pas, à notre connaissance, d'édition française séparée. Pour le lire en français, passez par l'anthologie bilingue citée plus bas.
Pourquoi la Cerdagne est-elle au cœur de ses poèmes ?
La Cerdagne est un plateau d'altitude, large et lumineux, partagé entre la France et l'Espagne. Pour un enfant de Saillagouse, la frontière n'est pas une idée. C'est une ligne qu'on voit depuis le village et qu'on franchit pour travailler, commercer ou fuir.
Une étude universitaire publiée par l'université Jaume-I de Castellón porte justement sur la frontière, le paysage et l'identité dans sa première poésie. Son titre parle d'une vallée « mig partida », à moitié coupée. C'est la meilleure clé de lecture que nous connaissions pour aborder ses premiers recueils.
Ses récits suivent le même terrain. Contalles de Cerdanya (1959) rassemble des contes du pays. Passos estrets per terres altes (1998), traduit en français sous le titre Voies étroites vers les hautes terres (Cénomane, 2006), marche dans les hautes terres de son enfance.
Où lire Jordi Pere Cerdà en français aujourd'hui ?
En catalan, tout est rassemblé dans Poesia completa, parue chez Columna en 1988. En français, l'offre est plus mince, mais elle existe.
- Comme sous un flot de sève (La Rumeur libre, 2020) : une anthologie bilingue de sa poésie, traduite par Étienne Rouziès. C'est la porte d'entrée la plus simple.
- Voies étroites vers les hautes terres (Cénomane, 2006) : le récit en prose, pour qui veut la Cerdagne racontée plutôt que chantée.
- Quatre femmes et le soleil (L'Amandier, 2005) : le théâtre, traduit par Antoine et Hélène Cayrol.
- Les éditions catalanes : elles se commandent chez votre libraire ou se demandent en bibliothèque, si vous lisez un peu l'espagnol ou le catalan.
Pour une fiche complète, la notice de Jordi Pere Cerdà sur Wikipédia donne la liste de ses œuvres, et celle de la Grande Encyclopédie catalane ajoute ses prix et le détail de son parcours.
Comment lire Cerdà sur place, de Saillagouse au train jaune ?
Le plus beau chemin vers Saillagouse passe par le rail. Le village a sa halte sur la ligne de Cerdagne, celle du train jaune, entre Estavar et Err. Le train y arrive depuis Villefranche-de-Conflent après avoir grimpé la vallée de la Têt, ou depuis Latour-de-Carol de l'autre côté du plateau.
Selon la fiche horaire de l'hiver 2025-2026, il faut un peu moins d'une heure depuis Latour-de-Carol. Nous racontons la ligne en détail dans notre article sur le train jaune de Cerdagne et ses paysages de poètes.
- Avant de partir. Lisez l'anthologie bilingue à voix haute, en catalan puis en français. Le catalan se devine mieux qu'on ne le croit.
- Dans le train. Gardez le livre ouvert sur la Cerdagne quand le plateau s'élargit après Font-Romeu. C'est le paysage même des poèmes.
- À Saillagouse. Descendez, marchez jusqu'au village et prenez le temps de regarder la frontière toute proche.
- Le soir. Notez dans un carnet un vers qui vous a frappé et le lieu exact où vous l'avez lu.
Les horaires changent avec les saisons et les travaux sur la ligne. Vérifiez toujours les départs sur le site de la SNCF en Occitanie avant de partir. Et si vous cherchez d'autres voix à emporter sur la route, retrouvez toutes nos lectures sur Encre & Boussole.
Questions fréquentes
Jordi Pere Cerdà est-il son vrai nom ?
Non. C'est un pseudonyme. Il s'appelait Antoine Cayrol, Antoni en catalan, et il est né à Saillagouse en 1920.
En quelle langue écrivait-il ?
En catalan, dans la variante du Roussillon. Ses livres sont surtout publiés en Catalogne, et une partie a été traduite en français.
Quand est paru Toute langue fait feu ?
Le recueil Tota llengua fa foc est paru à Toulouse en 1954 selon Wikipédia, en 1955 selon la Grande Encyclopédie catalane. Il a été repris dans son Obra poètica en 1966.
Quel livre choisir pour le découvrir en français ?
L'anthologie bilingue Comme sous un flot de sève, parue à La Rumeur libre en 2020, traduite par Étienne Rouziès. Elle donne le texte catalan et sa traduction française.


