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L'Usage du monde de Nicolas Bouvier : pourquoi le relire avant de partir

Une petite voiture des années 1950 arrêtée sur une piste de montagne aride, un carnet de cuir et une carte pliée posés sur le capot

L'Usage du monde de Nicolas Bouvier : la route de Belgrade à Kaboul en Topolino, ce que raconte le livre et pourquoi le relire avant un grand départ.

Écrivains voyageurs
Par Gaspard Lhermet

5 min de lecture

Il y a des livres qu'on lit une fois et qu'on range. Et il y a L'Usage du monde, qu'on rouvre la veille d'un départ, au hasard d'une page, pour se remettre dans le bon état d'esprit. Le récit de Nicolas Bouvier a plus de soixante ans. Il n'a pas pris une ride, parce qu'il parle moins des pays traversés que de la manière de les traverser.

Que raconte L'Usage du monde ?

En juin 1953, deux jeunes Genevois partent vers l'est dans une Fiat Topolino, une toute petite voiture qui n'était pas faite pour ça. Nicolas Bouvier a 24 ans, il écrit. Thierry Vernet est peintre, il dessine. Le récit démarre vraiment à Travnik, en Bosnie, en juillet 1953, et la route les mène de Yougoslavie jusqu'à la passe de Khyber, aux portes de l'Inde.

Le voyage dure environ dix-huit mois, jusqu'en décembre 1954. Ils n'ont presque pas d'argent. Vernet vend ses dessins et ses peintures, Bouvier écrit des articles et donne des cours. Ils s'arrêtent quand l'argent manque ou quand un endroit les retient. Le livre suit ce rythme : de longues haltes, puis des étapes de route où tout s'accélère.

1953départ en Fiat Topolino, en juin
18 moisde voyage, jusqu'en décembre 1954
48dessins de Thierry Vernet dans l'édition de poche
1963première édition, à compte d'auteur

Quel est l'itinéraire de Bouvier et Vernet ?

La route tient en quelques étapes. Chacune occupe une partie du livre, et certaines haltes durent des mois.

  1. La Yougoslavie. Belgrade, puis Prilep, en Macédoine, où les deux amis restent plusieurs semaines.
  2. La Turquie. Istanbul, puis la traversée de l'Anatolie vers l'est.
  3. L'Iran. Ils passent l'hiver 1953-1954 à Tabriz. Cette longue halte occupe une grande place dans le livre.
  4. Le Pakistan. Une longue halte à Quetta, au Baloutchistan.
  5. L'Afghanistan. Les deux compagnons se séparent à Kaboul. Bouvier continue seul jusqu'à la passe de Khyber, où s'arrête le récit.

Pour suivre la route sur une carte, la page consacrée au livre sur Wikipédia donne les grandes étapes. Quatorze ans plus tôt, deux femmes avaient pris la même direction en voiture. C'est l'histoire de La Voie cruelle d'Ella Maillart, partie de Genève vers Kaboul en 1939.

Pourquoi le livre a-t-il mis dix ans à paraître ?

Le voyage s'arrête fin 1954, mais Bouvier, lui, ne rentre pas tout de suite. Il gagne Ceylan, puis le Japon. Le livre ne sort qu'en 1963, près de dix ans après le départ. Et il sort à compte d'auteur, à la Librairie Droz.

Les rééditions suivent. La Découverte le reprend en 1985, Payot en poche en 1992. Gallimard le publie dans le volume Quarto des Œuvres en 2004. Aujourd'hui, le livre a même donné son nom à un prix. Le prix Nicolas-Bouvier est remis chaque année à Saint-Malo par le festival Étonnants Voyageurs. Nous le présentons dans notre tour d'horizon des prix qui récompensent les récits de voyage.

À retenir

L'Usage du monde est écrit par Nicolas Bouvier (1929-1998) et dessiné par Thierry Vernet. Le voyage a lieu de juin 1953 à décembre 1954, de la Yougoslavie à l'Afghanistan. Le livre paraît en 1963. Les lettres de Vernet à sa famille, écrites pendant ce même voyage, ont été publiées en 2006 sous le titre Peindre, écrire chemin faisant.

Pourquoi le relire avant de partir ?

Parce que Bouvier vous apprend à perdre du temps. Ses meilleures pages ne racontent pas des exploits. Elles décrivent un café de Tabriz, une conversation qui s'étire, une panne qui oblige à rester trois jours de plus. Le voyage, chez lui, c'est ce qui arrive quand on cesse de vouloir le contrôler.

La phrase la plus citée du livre tient en une ligne : « On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait » (Nicolas Bouvier, L'Usage du monde). Avant un départ, elle remet les choses à leur place. Vous partez avec un plan. Le livre vous rappelle que le plan, la route s'en chargera.

  • Il vous apprend à regarder les gens avant les monuments.
  • Il montre qu'un petit budget peut devenir une façon de voyager, et plus seulement une contrainte.
  • Il donne envie d'écrire le soir, même trois lignes, comme Bouvier le faisait sur la route.
  • Il se lit par morceaux : chaque chapitre tient debout tout seul.

Ce dernier point compte en voyage. Vous n'avez pas besoin de le lire d'une traite. Un chapitre par soir suffit. Et si le livre vous donne envie de noter vos propres journées, notre méthode pas à pas pour écrire chaque soir dans un carnet de route vous aide à démarrer.

Quelle édition acheter aujourd'hui ?

Trois éditions se trouvent facilement en librairie. Le texte est le même. Le format et les dessins changent.

La Découverte poche

Parue en mars 2014, dans la collection La Découverte-poche. Elle reprend 48 dessins de Thierry Vernet. C'est la plus simple à glisser dans un sac.

Poche, avec dessins

Petite Bibliothèque Payot

La collection « Voyageurs » de Payot l'a réédité en 2001, en un volume de 418 pages. On la trouve souvent d'occasion.

Poche, chez Payot

Gallimard, Quarto

Le volume des Œuvres de Bouvier, paru en 2004. Il réunit L'Usage du monde et les autres livres. Lourd, mais complet.

Grand format

Pour un premier départ avec ce livre, prenez un poche. Le Quarto, gardez-le pour la maison, le jour où vous voudrez lire la suite.

Que lire de Bouvier après L'Usage du monde ?

Bouvier a continué sa route après la passe de Khyber. Trois livres prolongent le premier, avec les mêmes thèmes : la rencontre, la flânerie, le voyage qui transforme.

LivreAnnéeCe qu'il raconte
Chronique japonaise1975Le Japon, son histoire et ses séjours sur place
Le Poisson-scorpion1982Neuf mois à Ceylan en 1955, malade et épuisé
Journal d'Aran et d'autres lieux1990Les îles d'Aran, en Irlande, et d'autres voyages

Le Poisson-scorpion a reçu le prix des Critiques l'année de sa sortie. Il se lit comme l'envers de L'Usage du monde : ici, le voyage enferme. Les deux livres ensemble donnent le portrait complet d'un voyageur.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré le voyage de L'Usage du monde ?

Environ dix-huit mois, de juin 1953 à décembre 1954. Bouvier et Vernet se séparent à Kaboul, puis Bouvier continue seul jusqu'à la passe de Khyber.

Qui a fait les dessins du livre ?

Thierry Vernet, le peintre qui accompagnait Bouvier. L'édition de poche de La Découverte en reprend 48.

Quelle voiture conduisaient-ils ?

Une Fiat Topolino, une petite voiture italienne de l'époque. Elle les a menés de Belgrade jusqu'à Kaboul.

Le livre est-il difficile à lire ?

La langue est riche, mais les chapitres sont courts et se lisent séparément. Un chapitre par soir, c'est le bon rythme pour le découvrir.

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